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Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de ce qui vous a amenée à vous intéresser au Trouble Alimentaire Pédiatrique (TAP) ?
Je suis orthophoniste depuis 2006, diplômée de l’école de Tours. J’ai d’abord axé ma pratique sur l’évaluation et la prise en soins des fonctions cognitives et langagières chez l’adulte ayant présenté un AVC ou un traumatisme crânien. Je m’occupais également des reprises alimentaires chez ces patients. J’ai ensuite ouvert mon cabinet libéral en 2012. J’ai commencé à me former au TAP après la naissance de mon deuxième enfant en 2017 qui a présenté des difficultés à s’alimenter dans le cadre d’un RGO interne sévère.
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Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à transmettre, et qu’espérez-vous voir changer dans la pratique des orthophonistes après votre formation ?
Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre deux choses. La première, c’est la théorie qui m’a permis de comprendre ce que je fais dans ce type de prise en soins au quotidien mais surtout pourquoi je le fais. La deuxième chose, c’est mon expérience clinique : je consacre mon quotidien au cabinet exclusivement à ces prises en soins depuis 5 ans ! J’ai donc accumulé pas mal de situations cliniques : des succès mais aussi des échecs. J’espère tout simplement transmettre les connaissances nécessaires à ces prises en soins pour qu’elles maîtrisent ce fameux pourquoi et leur donner envie de se lancer sur ces suivis qui sont passionnants.
- Le Trouble Alimentaire Pédiatrique peut se manifester de différentes façons. Quels signes doivent faire lever un sourcil à un professionnel ? À partir de quand parler de TAP plutôt que de simple phase difficile ?
Il y a plusieurs signes qui doivent faire lever un sourcil à un professionnel, je ne vais pas réussir à tous les lister. Je dirai par exemple, un bébé qui progressivement s’agite au moment de la prise alimentaire (biberon ou sein) voire qui espace le temps entre chaque prise, un jeune enfant qui ne parvient pas à accéder à l’alimentation en morceaux alors que cela fait plusieurs mois que ce type de texture lui est présenté, un enfant d’âge scolaire qui présente un panel alimentaire très restreint ou pour qui le repas est une réelle source de stress voire d’angoisse. Pour savoir distinguer le TAP de la simple phase difficile développementale, il faut se référer à la définition consensuelle du TAP avec ses critères d’inclusion et d’exclusion, établie par Goday et al. en 2019.
- Face à un enfant qui mange mal, par où commencer ? Que va apporter votre formation pour mener l’anamnèse et l’évaluation clinique avec méthode ?
Il faut bien sûr démarrer par un bilan rondement mené, mais pas seulement. Il faut accueillir l’enfant et ses parents où ils en sont actuellement, sans jugement, avec beaucoup d’écoute, de compréhension et de bienveillance. Ce temps de bilan est capital car il permet aux parents de se sentir enfin écoutés dans leur problématique (et donc relâcher cette pression qu’ils se sont mise progressivement autour des repas compliqués de leur enfant) et à l’enfant que sa difficulté soit prise en compte par un professionnel. Ma formation va apporter, comme je l’ai dit plus haut, la compréhension du cadre théorique du trouble alimentaire pédiatrique afin de savoir ensuite poser les « bonnes » questions, interpréter les réponses données par les parents, savoir évaluer les capacités masticatoires par exemple ou encore analyser un inventaire alimentaire, etc.
- Comment aider des parents souvent épuisés, culpabilisés ou démunis à devenir de véritables partenaires de la prise en soins ?
Les parents sont en effet de véritables partenaires de ces prises en soins. Notre écoute et notre bienveillance les met souvent à l’aise (ils ne se sentent pas du tout jugés), le fait d’être reçus pour que l’on s’occupe enfin de cette problématique : tous ces éléments leur redonnent le plus souvent l’entrain nécessaire pour s’impliquer dans la prise en soins de leur enfant. Leur présence également durant les séances de prise en soins leur donne des pistes concrètes de savoir-être à reproduire ensuite au domicile. Enfin, je n’hésite pas à leur expliquer le cadre théorique des difficultés de leur enfant (en le simplifiant) afin qu’ils comprennent ce que l’on fait et comment on va pouvoir faire évoluer la situation.
- Comment distinguer un enfant sélectif, un trouble de l’oralité et un TAP ? Ces termes sont-ils interchangeables ?
En ce qui concerne la terminologie, nous travaillons tous afin que le terme « trouble alimentaire pédiatrique » remplace progressivement et définitivement l’appellation « trouble de l’oralité alimentaire » qui porte une connotation freudienne trop marquée. Pour distinguer un enfant « juste » sélectif d’un enfant présentant un TAP, il faut effectuer un bilan orthophonique et pour savoir comment faire, il faut venir à ma formation.
- Nutrition artificielle : quelle place a-t-elle dans le parcours de ces enfants, et comment envisager un sevrage progressif et sécurisé lorsqu’il est indiqué ?
La nutrition artificielle est un aspect que j’aborde dans ma formation, pour lequel nous avons toute notre place, en collaboration avec diététicienne et gastropédiatre. Les enfants nourris artificiellement sont souvent porteurs d’une complication médicale qui a motivé à poser une sonde nasogastrique ou une gastrostomie (par exemple, malformation cardiaque ayant nécessité des chirurgies lourdes, maladie métabolique, complications liées à une extrême prématurité, etc). Là encore, la compréhension de la physiologie de la digestion est capitale pour réussir un sevrage d’alimentation artificielle.
- Quelle erreur voyez-vous le plus souvent chez les orthophonistes qui débutent sur le sujet des TAP ?
Je dirai ne pas avoir vraiment compris le cadre théorique du trouble alimentaire pédiatrique ou encore ne pas avoir perçu la complexité d’une situation clinique, être en échec et penser qu’on n’y arrivera jamais (alors que sur ce cas précis, beaucoup auraient probablement été en échec également !).
- Quels outils pratiques les participants pourront-ils s’approprier pour enrichir leur prise en soins et accompagner plus efficacement les enfants et leurs parents ?
Une trame de bilan structurée (qui servira à la rédaction du CRBO), la compréhension du système sensoriel en général et de celui intra buccal en particulier afin de savoir quand proposer une désensibilisation et des outils concrets pour cela, des astuces pour travailler sur le contexte du repas, différentes approches comportementales (micro graduée, SOS, pairing) afin d’étoffer le panel alimentaire de l’enfant que l’on prend en soins.