Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
Après mon diplôme, en 2015 à Lyon, j’ai travaillé en exercice mixte durant un an et demi (centre de rééducation neurologique et libéral). C’est en 2017 que je passe le concours de professeur des écoles. Après une année en maternelle, puis une année en CM1-CM2, je demande un mi-temps pour reprendre une activité d’orthophoniste. C’est à cette période que j’exerce les deux métiers à la fois, à Villeurbanne (69) : je suis alors professeure des écoles en CE1 en début de semaine et orthophoniste en libéral sur la fin de la semaine ! En 2021, je choisis de redevenir orthophoniste exclusivement. Depuis, j’exerce en libéral avec une patientèle variée majoritairement constituée d’enfants et d’adolescents. Je suis aujourd’hui installée en milieu rural dans le Puy-de-Dôme.
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’essayer l’enseignement en parallèle de votre métier d’orthophoniste ?
En 2016, bien que je m’épanouisse dans l’exercice de l’orthophonie, mon intérêt devient grandissant pour toutes les questions d’ordre pédagogique. Je me suis beaucoup documentée sur les pédagogies alternatives, notamment. Cela a fait naitre l’envie profonde d’enseigner pour les mettre en œuvre.
Après deux ans d’enseignement, je me suis posé la question du métier dont j’avais durablement envie pour l’avenir. C’est la raison pour laquelle j’ai fait ce choix (intense !) de la double activité, avant de décider finalement que c’était l’orthophonie qui me convenait idéalement.
Comment cette immersion dans le monde enseignant a transformé votre regard sur les enfants et adolescents que vous suivez en orthophonie ?
Désormais, je perçois nettement l’importance du vécu scolaire de l’enfant ou de l’adolescent, la place centrale qu’occupe son expérience scolaire et son impact sur sa qualité de vie. Aujourd’hui, il s’agit vraiment de la pièce majeure du puzzle qui me permet de comprendre les besoins du patient. C’est cette prise de conscience qui a transformé ma pratique vers une approche très fonctionnelle et plus proche du « partenariat patient », qui m’amène à choisir les objectifs de soin dans une véritable collaboration avec le patient et son.ses parent.s. Je suis donc constamment à la recherche d’outils qui leur permettent d’évoquer finement leur vécu, leurs gênes et leurs besoins, afin de les traduire ensuite en pistes thérapeutiques.
Qu’est-ce que l’Ă©cole « voit » d’un enfant avec TND que le cabinet d’orthophonie ne voit pas forcĂ©ment, et inversement ?
J’ai réalisé à quel point, en tant qu’orthophoniste, ma vision d’un patient est partielle et à quel point les enseignants peuvent connaitre leurs élèves sur un très large éventail de situations et de compétences. Surtout, le regard de l’enseignant est devenu beaucoup plus important à mes yeux : c’est lui qui est aux premières loges pour observer l’impact du trouble sur les apprentissages et juger de l’opérationnalité des aménagements et des adaptations.
A l’inverse, j’ai compris que le regard de l’orthophoniste est vraiment expert pour ce qui concerne les troubles. Nos connaissances des troubles, puis notre bilan pour chaque patient et les séances que nous conduisons nous apportent un regard d’une grande finesse dans le.s domaine.s touché.s par le.s TND du patient. De manière générale, nous comprenons avec plus de précision les mécanismes sous-jacents aux apprentissages. Nous savons donc souvent plus facilement identifier la cause des difficultés.
Quels sont les signes qui vous alertent sur le fait qu’un enfant ou adolescent avec TND vit mal sa scolaritĂ©, au-delĂ des difficultĂ©s acadĂ©miques visibles ?
Plusieurs outils me permettent de mettre cela à jour : un contrat de début de soin qui amène le patient à verbaliser sa gêne et ses émotions ainsi que des questionnaires de répercussion fonctionnelle. J’ai aussi appris, en formation (thérapie ACT) à identifier les signes de « lutte » qui indiquent une souffrance scolaire.
Comment travaillez-vous le lien avec l’Ă©cole au quotidien, avec les enseignants, les Ă©quipes Ă©ducatives ? Quels sont les obstacles et les leviers ?
Comme je l’ai détaillé fin avril 2026 dans le webinaire sur le sujet, j’utilise beaucoup de modes d’échange indirects avec les enseignants, c’est-à -dire que je passe souvent par les parents pour transmettre des informations et en recueillir. J’ai une vision plus claire des cas dans lesquels un échange direct est nécessaire. Pour ces situations, j’ai établi une courte liste des conditions à réunir et des « lignes directrices » pour guider le contenu de l’échange (largement appuyées sur les RBP en langage écrit de 2022).
Vor le replay du webinaire :
Quelles sont les compétences clés que les orthophonistes doivent développer pour mieux intégrer la dimension scolaire dans leur accompagnement des enfants et adolescents avec TND ?
Je dirais qu’il est nécessaire de connaitre de bons outils de recueil et de transmission d’informations et de savoir quand les utiliser, d’avoir un positionnement éclairé quant aux attentes scolaires et de savoir mobiliser de manière ajustée les approches dites adaptatives et compensatoires.
Y a-t-il un ouvrage, une ressource ou une étude qui vous a particulièrement marquée et que vous recommanderiez aux orthophonistes intéressés par cette thématique ?
J’appuie ma réflexion sur une multitude de ressources, il sera donc difficile d’en citer une en particulier. Toutefois, mes dernières expériences me donnent envie d’inviter tous les collègues à s’intéresser aux questionnaires fonctionnels (type QLIF, pour le langage oral) (en langage écrit, outils à venir…).
Quels conseils donneriez-vous Ă un orthophoniste qui souhaite s’engager davantage dans cette approche mais ne sait pas par oĂą commencer ?
Ne pas hésiter à questionner dans le détail patients et parents au sujet de la scolarité, du vécu scolaire, des devoirs ; échanger avec eux sur l’impact des troubles et les besoins associés. Cette démarche commencera déjà à modifier la pratique vers une dimension plus fonctionnelle (et donc, de mon point de vue, plus satisfaisante pour tous).
Vous proposez un tout nouveau programme de formation « Orthophonie et scolaritĂ© : accompagner au mieux les enfants et adolescents avec TND ». Que pouvez-vous nous en dire ? Comment est-il nĂ© et quel est l’objectif pour les orthophonistes qui souhaitent suivre votre programme ?
Cette journée est destinée à tous ceux qui souhaitent approfondir la question et acquérir les compétences évoquées dans la 7ème question de cette interview. Je l’ai conçue avec l’envie de faire bénéficier aux collègues du travail ciblé que j’ai mené ces dernières années. La grande satisfaction des étudiants en orthophonie à qui je propose des cours sur le sujet a été un moteur supplémentaire. Je suis ravie de partager mes réflexions et d’échanger avec les collègues sur cette thématique !