Dans cette interview avec Sophie SALTARELLI, découvrez :
- son parcours professionnel,
- sa vision du rôle de l’orthophoniste dans les TND,
- les approches écosystémiques et motivationnelles qu’elle privilégie,
- ses conseils et recommandations aux professionnels souhaitant développer leurs compétences dans ce domaine,
- et enfin, sa formation dédiée au bilan orthophonique dans les TND, au service d’un projet fonctionnel et ciblé avec les aidants.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
Orthophoniste diplômée au siècle dernier !, j’ai régulièrement suivi des formations particulièrement en lien avec les troubles Dys y compris en cognition mathématiques, puis sur tous les troubles neurodéveloppementaux dont l’autisme, ou encore en oralité.
Exerçant en libéral, j’ai toujours eu à cœur de faire du lien et de travailler selon une approche pluriprofessionnelle, afin d’appréhender les enfants dans leur environnement familial, scolaire et de loisirs… en globalité en somme, la communication n’étant pas cloisonnée !
Dans cette optique, j’ai pu me former puis pratiquer la démarche de diagnostic différentiel et les méthodes recommandées d’intervention structurées et comportementales.
En parallèle, consciente de la démarche cognitive et motrice du langage, j’ai validé un Diplôme Universitaire sur les liens entre Perception, Action et Troubles des apprentissages.
Enfin, mes engagements bénévoles personnels pour l’éducation populaire m’ont amenée à me former sur les thématiques d’écoute, de gestion de conflits et les pratiques de formation de formateurs.
En conséquence, ces multiples orientations m’ont amené à créer l’association PLURADYS, qui porte en Bourgogne Franche Comté un organisme de formation sur la thématique des TND et un dispositif de coordination CAP’TND pour les jeunes de la naissance à 20 ans avec un TND complexe. Cette association bénéficie du soutien de l’ARS BFC et permet à plus de 350 professionnels de santé, psychologues, dispositifs et 1000 familles par an d’obtenir des informations et/ ou un appui et une coordination de leurs démarches, basée sur l’autodétermination pour le respect des choix du patient et de sa famille.
Actuellement, je suis directrice régionale de cette association, et je poursuis néanmoins mon travail d’orthophoniste 2 jours par semaine au sein du CRA de Bourgogne – CHU de Dijon.
Qu’est-ce qui vous a motivé à vous orienter vers les troubles neurodéveloppementaux ?
Après mon stage de fin d’année passé dans le service de traumatisés crâniens de Garches, entre autre pour des patients en réveil de coma, j’ai été touchée par la violence subie et la détresse des jeunes et des familles face à l’absence ou aux dysfonctionnements de communication.
A la différence des traumatisés crâniens adultes, les troubles neurodéveloppementaux, qualifiés de légers ou de sévères, sont invisibles et néanmoins très impactant pour les jeunes, en termes d’insertion sociale, professionnelle et tout simplement pour la construction de leur identité et leur estime de soi. Ces troubles invisibles et le manque de connaissance dans la population générale ou le milieu de l’enseignement, complexifient grandement leur prise en compte, engendrant un sentiment d’injustice, d’isolement voire de solitude pour les personnes concernées.
J’ai voulu leur apporter ma voix !
Comment décririez-vous le rôle de l’orthophoniste dans la prise en charge des troubles neurodéveloppementaux ?
L’écoute, l’analyse multifactorielle de la personne, de son environnement, de ses besoins afin d’ajuster des propositions de soins et des stratégies de compensation, pour permettre au patient de se développer avec toutes ses compétences préservées et installer compensations et stratégies de restauration.
Cela suppose donc aussi un rôle de communiquant auprès des partenaires pour informer, expliquer, concerter…
Quelles sont les compétences de base à développer particulièrement pour aborder cette thématique dans sa pratique ?
Il faut prioritairement bien connaitre les repères de développement dans chaque domaine.
Il est fondamental aussi de connaitre les attitudes et les différents styles parentaux.
Et garder humilité et écoute face à un sujet dont nous ignorons bien plus que nous ne connaissons.
Quels sont les troubles neurodéveloppementaux que vous rencontrez le plus fréquemment dans votre pratique ?
TSA, TDAH, TSApprentissages. Le plus souvent, je rencontre des enfants et jeunes adultes pour qui les TND sont associés.
D’après vous, quelle approche vous semble judicieuse pour la prise en charge des troubles neurodéveloppementaux ?
Ces troubles étant durables et multifactoriels, à expression multiples, outre toutes les techniques d’intervention, il me semble fondamental d’observer une approche éco systémique et motivationnelle, dans l’optique de viser l’autodétermination de la personne et son autonomie.
S’il y a un ouvrage ou une étude à conseiller dans le cadre de la prise en charge des TND, quel est-il ?
Extrêmement difficile de sélectionner l’unique référence, car tout dépend des besoins et de la finalité !
- Sur les TND, diagnostic différentiel et accompagnement ? « Diagnostic et accompagnement des troubles du neurodéveloppement » de Fabrice Pastor
- Approfondir et changer de regard les troubles de la communication et du langage ? « Langage oral, Nouvelles approches incarnées de la parole atypique », chez De Boeck
- Approcher l’entretien motivationnel ? « Guide pratique de l’Entretien Motivationnel: 20 fiches pour professionnaliser son approche relationnelle » de Pascal Gache et Glori Cavalli Euvrad
Avez-vous des conseils pour les orthophonistes qui souhaitent développer leurs compétences dans la thématique des troubles neurodéveloppementaux ?
Je crois que le 1er ingrédient essentiel serait de bien comprendre le fonctionnement physiologique de la cognition et d’avoir des repères précis du développement de l’enfant.
Le 2ème ingrédient est à rechercher du côté de l’accompagnement à la parentalité, car l’enfant évolue en interaction avec son système familial qu’on ne peut donc plus ignorer. Cela suppose des techniques d’entretien, des outils et une vision.
Un ingrédient bonus serait d’accepter de ne pas viser la méthode théorique mais de se laisser guider par la relation thérapeutique et les besoins des personnes.
Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre rôle de formatrice, et comment cette expérience enrichit-elle votre pratique clinique en orthophonie ?
La formation est une source inépuisable de recherche, d’approfondissement. Chaque session, par la rencontre avec les stagiaires et leurs besoins spécifique m’amène à relire, préciser, remanier tant les constructions didactiques que les supports. L’andragogie est ce qui m’enthousiasme le plus, en ce qu’elle m’oblige à approfondir sans cesse la manière de permettre à chaque stagiaire de construire son chemin.
Au quotidien, la formation me permet de modéliser et d’actualiser mes connaissances, de réinterroger des pratiques et de formidables rencontres !
FORMATION
« Troubles de la communication dans les TND : le bilan au service d’un projet orthophonique fonctionnel et ciblé avec les aidants »
Classe virtuelle
Vous souhaitez aller plus loin dans l’évaluation orthophonique des TND ? Cette formation de 7 heures (2 matinées en classe virtuelle) vous permettra de structurer un bilan centré sur les besoins réels du patient et de ses aidants, en intégrant les principes d’autodétermination.
- Éligible DPC et FIF-PL
- 01/06 + 19/06/2026